Vous êtes ici : Accueil > Archives du Blog > Année 2013-2014 > Jean-Pascal Dubost, un poète au Lycée > Le poète "débâillonné".
Publié : 13 novembre 2013
Format PDF Enregistrer au format PDF

Le poète "débâillonné".

Jean-Pascal Dubost était hier, de retour au Lycée pour une deuxième rencontre avec les élèves de 1ère S2.

Il avait lu les articles que les lycéens ont publié sur le Blog à propos de leurs impressions de la première rencontre ; il a apprécié leur perception , surprenante et agréable ; quelque chose s’est débloqué en eux par rapport à la poésie ; le regard de Rémi qui a "fictionnalisé" la rencontre lui a paru particulièrement original.

"Mage et incantations."

Les lycéens qui ont étudié deux de ses poèmes (et bientôt un troisième) avaient de nombreuses questions précises à poser.

Mélodie lui a demandé pourquoi il préfère le mot "livre" au mot "recueil" habituellement utilisé pour la poésie. 

"Recueil", c’est le fait de "recueillir", sans idée de lien entre le poèmes ; or, moi, j’écris des textes qui ont un lien entre eux, un fil narratif. Mallarmé a écrit que "tout au monde existe pour aboutir à un livre." Écrire de la poésie, c’est capter quelque chose du monde, dans le réel qui est transformé et aboutit à un livre.

"Recueil" est associé par sa sonorité à "cercueil" ; un livre ne doit pas être un tombeau ; au contraire, il est ouvert, vivant. Le poème est souffle de vie. Le livre fini, il continue de vivre. Chaque poète continue ce que d’autres ont écrit avant lui dans une chaîne littéraire.

Léonie : vous considérez-vous comme un poète moderne ?

Oui, un poète moderne inspiré de poètes anciens (les Grands Rhétoriqueurs du XVe siècle, les Baroques du XVIIe...)

Je suis un baroque d’aujourd’hui.

Le Baroque est une notion atemporelle. Être moderne, c’est continuellement se questionner, se transformer, se renouveler, à l’image de l’eau toujours ondoyante décrite par les Baroques.

Marie 1 : Parler de son enfance, la raconter aux lecteurs, est-ce que ce n’est pas compliqué ?

Jean-Pascal Dubost semble d’abord comme embarrassé par la question de Marie ; il esquive, pirouette en citant un écrivain, Raymond Federman, à qui un journaliste reprochait de parler trop de sa vie :

"Mais qu’est-ce que vous savez de ma vie ?" 

Très vite cependant, il en vient à nous confier des choses intimes ; il révèle un peu l’enfant qu’il a été, un enfant "empêché" de lire, de rêver, de parler peut-être ; un enfant qui s’interrogeait sur le langage et le silence. Mais il le dit sans amertume, sans acrimonie ; c’est cette enfance-là qui, aujourd’hui, lui permet d’écrire ;

je suis un poète débâillonné.

Guillevic ne dit-il pas que le poète écrit avec son enfance en filigrane ? 

Marie 2 interroge Jean-Pascal Dubost sur l’emploi du pluriel quand il évoque ses lectures d’enfant dans "Gros Oeuvre"

Ce "nous" renvoie aux frère et soeurs de l’enfant. C’est l’occasion pour Jean-Pascal Dubost de lire un autre poème de Les Nombreux, "Les Chamailles".

Jean-Pascal Dubost lit "Les Chamailles".
"On va voir
mes deux sœurs
danser mon frère… »
Marie Poumarat, comédienne de Textes & Rêves qui organise la résidence de Jean-Pascal Dubost pour la Maison de la poésie du Prieuré du Magny, a participé à la rencontre.

Il explique ainsi le titre du livre : les "Nombreux", ce sont les personnages, les voix qui circulent en moi ; le nombre désigne aussi, dans la langue ancienne, le rythme, le vers. 

Ce qui me plaît, c’est le mélange.

Je mélange tout, mots anciens et mots puisés dans le monde contemporain (SMS), mots littéraires et mots empruntés à Tintin, patois et termes universitaires ; c’est ma façon d’être politique ; je ne fais pas de hiérarchie sociale.

"Brette ville" (une déambulation détestable) (diatribe)
Ce long poème, extrait de Nouveau Fatrassier , dit la détestation, la haine du poète pour son village natal, Bretteville l’Orgueilleuse, dans le Calvados, qui s’est transformé en ville-dortoir pavillonnaire, d’un mortel ennui.

Adrien : d’où vous vient votre passion pour les corbeaux ?

Bien sûr, des paysages de mon enfance, les grands champs labourés où ils s’abattaient par bandes, mais aussi d’un film, The Crow avec Brandon Lee (le fils de Bruce Lee). 

 

Rémi : De quoi vous nourrissez-vous maintenant ?

Je lis de la fantasy, la trilogie de Mervyn Peake, par exemple ; j’ai acheté les volumes de Game of throne pour les lire après avoir vu la série. J’ai le projet d’écrire des poèmes fantasy.

La surprise de Jean-Pascal Dubost : un livre tout neuf, "Neuves"
Né de la rencontre amicale avec une artiste éditrice, Claire Cuénot, et d’un défi relevé, ce livre d’art, fabriqué à 63 exemplaires, constitué d’une seule feuille pliée, non cousue, réunit neuf poèmes consacrés à des femmes poètes aimées ; la première, bien connue de certains de nos lycéens, est Edith Azam, rencontrée par la 1ère L de l’an dernier.

 

Cet article ne serait pas complet sans le "quatuor de choc" de la 1ère S2.
Au nom de la classe, ils remercient Jean-Pascal Dubost pour sa disponibilité et sa sincérité dans les échanges avec leurs camarades.
cliquez sur l’image pour la voir plein écran.